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Printemps 2004

Project Lead : Sabine Morandini

 

Florence Deygas et Olivier Kuntzel par Serge Joncour

Bernhard Willhelm

Cosmic Wonder

Haider Ackermann

 

 

Illustration: Florence Deygas et Olivier Kuntzel

   
 
 

Florence Deygas et Olivier Kuntzel par Serge Joncour

Imaginez ça, vous êtes artiste, et un beau matin le téléphone sonne, c’est la Dream-works de Spielberg qui vous demande de réaliser le générique de « Catch-me if you can », le dernier film de Steven. Voilà, c’est en gros ce qui est arrivé à Florence et Olivier, vu comme ça, ça peut paraître extraordinaire, mais quand on rencontre ces deux-là, quand on s’immisce un peu dans leur décor, on ne s’étonne plus de rien. Pour ce qui est de leur atelier, imaginez une maison de ville au bord d’une voie ferrée, sur laquelle ne passe qu’un train par an, un loft tout droit sorti du film « mon oncle » de Tati, avec des longues baies vitrées où des doubles-rideaux flottent dans une gaze irréelle. Une fois à l’intérieur, on tombe sur John Steed et Emma Peel de chapeau melon et botte de cuir. Décor années 70, l’endroit est inondé de lumière mieux qu’un décor de cinéma.
C’est dans cet univers où la réalité rejoint la fiction qu’ils ont concocté pendant quatre mois le générique de « catch-me if you can », une petite merveille qui développe une idée à la seconde, un modèle de simplicité où des personnages dessinés jonglent et jouent avec les lettres du générique, une cascade d’ inventions qui a la fraîcheur d’un premier jet.

Une des clefs de leur travail, c’est sans doute l’efficacité du duo, comme il en va de Viktor & Rolf, Gilbert et Georges, des Guzman… Ces deux-là se sont rencontrés à la fin des années 80, et le prodige de leurs premières collaborations ce sont ces chats et ces personnages qu’Olivier dessinait et auxquels Florence donnait vie par l’animation. C’est sans doute par l’effet de cette alchimie que les personnages qu’ils créent fonctionnent souvent eux-aussi en duo ; Cap et PEP les deux chiens de chez Colette, les Twin Pigs, Winney et Loosey, les Parano Potatoes, jusqu’à ce nouveau binôme dont ils animent aujourd’hui ce magazine, la poupée et son ours, autrement l’élégance et la sauvagerie, la grâce et la force.
Mais là où la fiction l’emporte sur la réalité, c’est quand il s’agit de les faire parler davantage de Winney, ce personnage qui balade son énigmatique silhouette tout autour du monde. Mythe réel ou personnage inventé, essayez d’en savoir davantage à ce sujet, et c’est là que vous verrez nos deux artistes se confondre à nouveau avec la fiction, dans les explications qu’ils vous donneront, tout le réel est inventé, et le prétendu imaginaire est vrai. Demandez leur alors de vous montrer quelques images, des photos et des séquences de films où figurent Winney, et ils vous entraîneront vers une sorte de grand salon sorti tout droit d’un James Bond, et par la simple pression du doigt sur une télécommande, un écran de cinéma descendra d’un plafond si haut que vous ne l’aviez même pas remarqué.

C’est là que vous verrez des tas de très vieilles images de Winney, datant probablement des années trente du siècle dernier, ou alors de bien après, des années 90 pourquoi pas, après tout qu’importe, de toute façon à ce niveau-là de réalisation, la réalité ne peut plus rien contre la fiction. Avec le même sérieux ils vous annonceront que d’ici peu, Winney se présentera fort probablement à l’élection du Président des Etats-Unis, et c’est là que vous vous surprendrez vous-même, en vous surprenant à les croire…

Serge Joncour
Dernier titre paru U.V aux éditions Le dilettante


 

 

 

Florence Deygas and Olivier Kuntzel by Serge Joncour

Just picture this: you’re an artist and suddenly one morning the phone rings with a Spielberg’s Dream-Works agent on the other end asking you to make the credits for Steven’s last movie «Catch me if you can».
That’s basically what happened to Florence and Olivier. It may sound an unlikely story, but once you meet those two and take a few steps into their world, nothing comes as a surprise anymore.
As for their studio, think of a townhouse by a railway line used once a year, a loft straight out of Tati’s movie “My uncle”, with long bay windows dressed with double curtains floating in ethereal gauze. Inside, you bump into John Steed and Emma Peel from the Avengers. With its 70’s deco and bathing in sunlight, the place is better lit than any movie set.
It’s here, in a world where reality blends with fiction, that they’ve worked for 4 months on the «Catch-me if you can» credits, a jewel that unwraps an idea per second, a model of simplicity in which drawn characters juggle and play with the credits letters, a waterfall of inventions with all the freshness of a first draft.

One of the keys to that pair’s success is probably the efficiency of their double act, as it goes for Viktor & Rolf, Gilbert and George, the Guzman’s… Those two met in the late 80’s and their first collaboration gave birth to wonderful cats and characters drawn by Olivier and animated by Florence.

Surely a result of their chemistry, the very characters they bring to life often work wonders in duets too; Cap and Pep, the two dogs of “Chez Colette”, Winney and Loosey the twin pigs, the “Parano Potatoes”, until this new duet that now animates this magazine: the doll and her bear or, in other words, the beauty and the beast, elegance and wildness, grace and strength.

But once again fiction prevails over reality when you try and get them to say more about Winney, a character that drags his mysterious silhouette all around the world. Real myth or character made up from scratch? Try and learn more on the subject and you’ll see both artists merge with fiction again as they’ll give you explanations where reality is made up and the pretended imaginary is true.
Ask them then to show you pictures and sequence of films featuring Winney and they’ll sweep you along to a large lounge straight out of a James Bond’s movie, where at the touch of the remote control a screen unrolls from a ceiling so high you never even noticed it.

That’s where you’ll watch loads of very old pictures of Winney, probably dating back to the 30’s or much more recent, why not say from the 90’s, what does it matter after all, at this level of film-making, reality is powerless against fiction anyway. With the same straight face they’ll tell you that very soon Winney will probably run as a candidate to the United States presidency. And to your utmost surprise, you’ll catch yourself believing them…

Translater : Véronique Amathe

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Bernhard Willhelm

Recherchant toujours la force de l’impact visuel, le discours engagé, Bernard Willhelm avait choisi le Palais de Tokyo pour présenter, non pas une collection, mais une vidéo fantomatique, remplie de fantasmes et de peurs intestines.

Le visage en lame de couteau, un homme mi-ivre, mi-dérangé, nous fixe de ses yeux couleurs métal, avec l’intensité d’un serial killer. Et pourtant lâchant un I’m so fucking bored, il s’éloigne en zigzag poussant une poubelle verte et trébuchant. Les plans se succèdent dans une chambre d’hôtel, départ de tant de chimères pourtant rendues si réelles.

Peu de dialogue, un leitmotiv: I’m so bored. Un univers sonore oppressant d’échos des profondeurs sous-marines, de cris, de ricanement. Des êtres virtuels en foule : des fantômes.
Son oeil s’anime, quelque chose se trame. Rejoignant une bande de rappeurs armés de clubs de golf, une virée punitive chez les WASP et les intégristes s’organise. Ils déshabillent un jeune paysan amish et lui enfilent un masque d’ET avant de lui courir après à travers champs. I was so happy.

Aux drogues ensuite de nous plonger dans un monde parallèle, où des jeunes filles se font enlever par une armée de fantômes très Klu Klux Klan. Se servant de leurs fraîches cobayes pour mettre en scène des jeux d’enfants, saute-mouton, brouettes et colin-maillard … le ton est acide, toujours à la limite du dramatique.
L’œil lucide de Bernard Willhelm, une parodie réussie des dérives d’une société d’influence américaine, morte d’ennui entre deux prises de drogues, deux fusillades de saloon, entre une prostituée et un faux palais vénitien de Las Vegas. I’m so bored, I’m not happy anywhere.
M.L.F

I’m so bored.
Bernhard Willhelm is always seeking far-reaching visual impacts and critical analysis. This season he chose to present a ghostly video full of fantasies and secret fears in a dark room at the Palais de Tokyo.
A hatchet face stares at us. The man, half-drunk, half-psychic glares at us with metal coloured eyes. We shiver thinking he might be a serial killer. The next minute he yells a raucous I’m so fucking bored, and zigzags away pushing a lime green rubbish bin. Shots of a much-to-standard-looking hotel room are here and there inserted.
Always boring, it seems to say. Anyways, the main character says he’s always bored.

Each time the hotel room scenes act as a starting point to parallel stories bathed in shady lightings and fiery human experiences of drugs, violence and boredom. Little dialogue, but strong creepy noises like underwater echoes and distorted voices, gasping and yelling depict the setting for their virtual hosts: giggling ghosts.

The next moment we understand something is going on: meeting a gang of hip-hop singers armed with golf clubs, they all jump in the car for a punitive expedition amongst the WASPS. They pick a young white Amish farmer and strip him, forcing his head into an ET mask. They chase him naked through the fields. At last, I was so happy.
Not one sole second are we mistaken: this travesty of the excess of the American society is full of humour where lovely teenage girls swallowing drug pills are kidnapped by an army of Ku Klux Klan’s ghosts. The tone is always on the brink of drama, the subject dead serious but the treatment hilarious from one hooker in Las Vegas to a parody of cowboy vendettas.
And for us to think: Am I so bored? Am I happy anywhere? i

Press office : Kuki de Salvertes / Girault Totem
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Cosmic Wonder

An eternal think and a not eternal think.

Dans un silence qui laissait voix au bruissement des matières, Cosmic Wonder présenta une collection d'un parfait classicisme au premier regard et dont la modernité éclate au fur et à mesure que le modèle se rapproche.
" Well Captain, what knows eternity ? I'll take it on a ship…. "

Travaillés dans du papier recyclé ou du papier plastifié légèrement brillant, tous les vêtements étaient encollés sur une fine doublure en coton pour un effet à la fois rigide et arrondi. Dans un jeu d'impressions papier-maché et d'aplats mats, la collection fut un fondu enchaîné de visions classiques du vêtement et de puissantes réinterprétations, comme avec ces cols dédoublés et cravates incorporées.

Bâtis avec la rigueur de l'imprévu, les hauts taillés en pointe et les cols biseautés en pics répondaient à des jupes fluides qui se fanaient en plissés. Des robes à plis plats très sages, comme trempées dans un lavis rigide, se paraient de filins sur les épaules.
Protectrices, les Parques rôdaient, décidant à tout instant du sort des âmes, dans la douceur et l'hyper élégance.

M.L.F

Cosmic Wandering

An eternal think and a not eternal think

The sound of plaster-white materials rustling like autumn leaves broke into the silence of the room, as if Cosmic Wonder had the power to poise human beings and let souls sweep across the hall.
" Well Captain, what knows eternity? I'll take it on a ship…. "

For this collection, Cosmic Wonder chose to work with softly shining recycled paper glued onto a thin cotton fabric to create structured clothes with a smooth finishing. Playing around with papier-mâché effects and mat surfaces, they offered us a classic vision of fashion empowered by unpredictable details, like these doubled-in collar matching an incorporated tone on tone tie.

The jagged and pointed designs of tops were combined with fluid pleated skirts, mixing and matching rigid cuts with feminine roundness. Again, large origami patterned dresses were rigid like statues while small ribbons floated in the air along the shoulders.
At that precise moment we knew that lost souls were protected with utter softness and elegance.

M.L.F

Press office : Cosmic Wonder / Cristofoli Press ---- info@cristofolipress.com
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Haider Ackermann

Dans un hall sous une verrière au Gibus, la langueur intestine d'une musique rock nous gagne. Des paroles, une voix comme un souffle au cœur nous fait plonger en nous même, explorer les profondeurs de ce sous sol.

De ce mélange de cultures urbaines mêlé à une décontraction nomade jaillit la collection d'Haider Ackermann : des spartiates plates ou à talon aiguille annoncent l'épure avec leurs fines lignes. Le cuir se mêle à la mousseline, tout en puissance et sensualité, tandis que la peau se mordore parée de bijoux maquillage argent. De larges bracelets enserrent les bras, les mollets et les chevilles, tandis que la maille s'enroule autour du corps entre nonchalance et élégance.Haider Ackermann fait naître de nouvelles silhouettes à l'image de ce pantalon leggings dérivé du sarouel, lacéré en bandes, ou de ces pantalons plissés dans tous les sens qui conserve une extrême fluidité.

Une belle tribu nomade qui affiche avec aisance et détermination tous les codes d'une modernité urbaine.

M.L.F

Haider Ackermann

In a wide hall bathed in natural sunlight, the languishing beat of a rock tune grips us. A voice close to a heart murmur digs deep inside us, exploring the world hidden below our feet.

From a mix of urban cultures and a laid-back nomad attitude burst Haider Ackermann's collection. The thin lines of flat or high heeled Roman sandals reflect the clean cut silhouettes. Leather chases muslin, with strength and sensuality, while skin is made up with silver tinted jewels and large bracelets are tied up onto the ankles, arms and legs.

Knitwear engulfs the body with both elegance and nonchalance and Haider Ackermann masters these new silhouettes built up with sarouel influenced leggings slashed unevenly or extremely fluid custom pleated pants.

In the end this superb nomad tribe melts into a modern urban way of living with ease and determination.

M.L.F

Press office : Kuki de Salvertes / Girault Totem
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