Martin Grant

Où se cachait le charme discret de la bourgeoisie, sans second degré – Stéphane Audran à l’époque des premiers Chabrol, Monica Vitti période Antonioni, Catherine Deneuve à sa sortie du style jeune fille comme il faut ? Manifestement, dans le studio de Martin Grant.

Le designer australien occupe un créneau quasi-abandonné par ses confrères du prêt-à-porter, du moins ceux qui présentent des défilés : le chic sans ironie ni démonstration, juste parfait. Qui d’autre oserait lancer une série de tenues bleu marine – auxquelles succèdent, il est vrai, quelques modèles jaune soufre, deux turquoise et beaucoup de noir ? Des robes-manteaux ? Il est vrai que Grant est un virtuose du manteau, et notamment du trench, la pièce-investissement par excellence, celle qu’on ne veut pas se voir démoder au bout de trois saisons.

Et ce que lui-même appelle ses robes « hôtesse de l’air » ? Mais des hôtesses de l’air issues d’un temps où les voyages aériens étaient le comble du glamour, et que le métier rivalisait en prestige avec celui de mannequin chez les jolies filles… Coupes justes, drapés réservés, tailles marquées sans étranglement, décolletés décents : manifestement, ce prêt-à-porter est aussi un prêt-à-acheter.

Ce qui, en une saison où même l’acheteuse la plus déterminée, un œil sur le Dow-Jones et l’autre sur le prix à la pompe, pourrait se montrer frileuse, serait plutôt un signe d’intelligence.

Denyse Beaulieu

Photos Olivier Roller www.olivierroller.com

Presse Maud Michel

Femme Printemps Eté 2009