BENETTON / LE BOYCOTT

 

Sur le petit écran, une jeune indienne pleure en s’écriant qu’ils veulent non seulement les expulser, mais aussi tuer leur identité, leur culture.

 

UNITED COLORS OF BENETTON

 

Tout commence en 1990 où Luciano Benetton rachète de manière très obscure 10% du territoire de la Patagonie Argentine. Un million d’hectares, pour seulement 37 millions de dollars ! Mais l’impossible devient possible avec le gouvernement argentin ! Depuis, Benetton fait paître 280 000 moutons qui produisent plus de 5 000 tonnes de laine par an, plutôt cool et pourtant !

Les Mapuches qu’ils emploient sont en semi esclavage et isolés de leur famille. Pour les autres, ils voient chaque jour ce qu’ils appellent « le barbelé qui avance ». United Colors of Benetton ne s’intéresse pas aux Mapuches et gère en dictateur son territoire riche en minerais.

Rappelons que les indiens Mapuche victimes du pillage et du génocide mené par le général Roca pendant la colonisation espagnole – 70 millions d’indigènes sont passés à 600 000- revendiquent une partie des terres pour y vivre. L’Argentine étant tenue de respecter « la préexistence ethnique et culturelle des peuples indigènes argentins »

Côté belle image Benetton ouvre le musée Leleque « Patagonie, 13 000 ans d’histoire » L’historien Julio Vezub qui a participé à la création raconte les conflits d’intérêt entre les muséologues et Benetton.

L’inauguration se fait en Mai 2000, conviant journalistes du monde entier, chercheurs et politiciens. Une bien belle cérémonie qui n’avait pourtant pas prévu l’arrivée des manifestants Mapuches venus clamer : « Que les Benetton nous rendent la terre » – « Nous ne sommes pas des objets de musée : nous sommes vivants et tous les jours un peu plus pauvres »

 

 

Depuis 2002, des opérations musclées et sanglantes sont orchestrées par l’armée pour les déloger et ce de manière récurrente.

Sereinement, le musée United Colors of Benetton ferme durant un an pour réécrire l’histoire des Mapuches. Celle qui va les enterrer vivant.

Pour cela, grand coup de balai sur les historiens, scientifiques et chercheurs qui ont participé à la création du musée, une nouvelle équipe plus malléable est en place.

Réouverture du musée Leleque en 2004, avec l’origine des Mapuches vu par Benetton. Ces derniers ne viennent pas d’Argentine mais du Chili, ils se seraient battus non pas contre les coloniaux mais contre d’autres indigènes. Les européens auraient apporté des solutions qu’ils n’étaient pas capables de résoudre eux-mêmes.

La même année, Mauro Millan, le porte parole des Mapuches tient une conférence à Rome et demande à Benetton « la restitution de tous les éléments de leur culture qui sont exposés au musée Leleque » il rajoute  « que ce musée instaure l’idée que les peuples natifs ont disparu, qu’ils appartiennent au passé, que nous n’existons ni culturellement, ni physiquement. Tous les musées proposent un message idéologique et ce message est d’autant plus fort si l’on considère que le musée appartient à Benetton » Julio Vezub

Les « pulls cool » accumulent d’ailleurs beaucoup de fautes. Du travail illégal d’enfants en Turquie en 1998, le souhait d’implanter une usine au centre de la Palestine occupée dans les années 90 (affaire Kappa).

Dans les années 2000, une communication d’une grande violence marque la conscience collective. Leur campagne d’affichage oblige les citadins à baisser la tête tout au long de leur trajet. Pour vendre ses pulls, Benetton n’a pas trouvé mieux que de placarder sur les murs des condamnés américains dans le couloir de la mort. Une campagne qui va faire tomber le géant, mais juste quelques années.

En Avril 2013 l’atelier Rana Plaza au Bangladesh s’effondre avec 1138 morts et 2000 blessés. Un fonds d’indemnisation aux victimes est créé avec une enveloppe totale de 40M$. Toutes les grandes marques donneur d’ordre ont contribué au fonds, sauf Benetton. Qui martèle en public qu’ « aucune des entreprises présentes sur place n’ était l’un de leurs fournisseurs ». C’était sans compter sur les photos publiées par l’AFP qui montrent les chemises estampillées de la marque. Un million de signatures et deux ans plus tard, feront plier Benetton pour indemniser les victimes à hauteur de 5M$.

 

 

Août 2018. La famille Benetton s’est diversifiée dans les infrastructures depuis une vingtaine d’années. Actionnaire de 30% du groupe Atlantia qui gère le pont Morandi, écroulé le 14 Août à Gênes et laissant 40 morts. Benetton est pointé du doigt par Luigi di Maio qui dénonce sa responsabilité sur cette catastrophe «  le problème avec l’effondrement du pont, c’est que quand nous payons le péage, nous imaginons que cet argent sera réinvesti dans l’entretien mais, en fait, ils se partagent les bénéfices et les ponts s’écroulent ». L’opinion publique italienne appelle au boycott de la marque.

Depuis quelques temps Benetton se rapproche de l’ONU, le loup est-il dans la bergerie ou le consommateur serait-il en soif d’humanitaire ? Car l’image, est elle, bien destinée au consommateur ?

On trouve d’ailleurs sur leur site de vente outlet « L’engagement social est à la base même de notre vision du monde : notre groupe fonde sa philosophie sur le respect de l’environnement, mais aussi des personnes. Entrez dans notre univers et découvrez les collections … » Benetton .com – Usines center.

 

 

Le Prix Nobel de la Paix Adolfo Pérez a pu s’entretenir avec Luciano Benetton, d’homme à homme sur la question des indiens Mapuches. Sa conclusion ? « Luciano Benetton ne peut pas comprendre, il le voudrait peut être mais il n’y parvient pas »

 

 

L’ espoir? Le consommateur qui possède ce « Pouvoir qui peut faire tomber » un empire avec un simple NON

 

BENETTON  –  PLUTÔT VIVRE NU

 

 

Liens Julio Vezub Musée Leleque https://journals.openedition.org/gradhiva/612#article-612

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